Marie Mathias Marie Mathias

 

  • Présentation

    Lundi, 30 Avril 2012


    Marie Mathias travaille la terre depuis longtemps.
    Et, depuis ses débuts, ses sculptures parlent de ces étranges êtres que nous sommes, nous, les humains.
    Dans l'universel des lignes et la singularité du visage, l'artiste trace courbes et creux, là où la peau est frisson d'être, à l'appel de la vie, de l'amour, de la mort.

    En donnant forme à l'informe, Marie Mathias offre contours au vide, structure à l'éparpillement et sérénité aux tourments de nos vies. L'œuvre de cette artiste traite tout autant de nos joies et chagrins intimes, inscrits dans nos corps, fragiles et tenaces, que des événements de notre histoire commune travaillée par nos forces destructrices qui nous font si peur.

    En rencontrant ses personnages de terre peuplant son monde, qui est aussi le nôtre, nous pouvons nous laisser habiter par le souci du sens de ses terres silencieuses et cependant loquaces, qui parlent de nous. Marie Mathias pointe, par l'intelligence de ses mains qui font parler la terre, l'insuffisance de nos mots, incapables de tout dire. Mais, grâce à la présence de ses sculptures, nous reprenons la parole, poursuivons notre chemin, en compagnie des œuvres consolatrices de Marie.

    Il est des choses que peut-être seul l'art peut nous montrer, dans le silence des mots lus, d'une musique écoutée, une sculpture contemplée. Et ce silence-là n'est pas celui de la déréliction mais de la méditation nous aidant à vivre et agir mieux. L'art nous sauve peut-être de ce que nous ne pourrions dire autrement et qui finirait par nous dévorer.

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  • L'acte createur

    Jeudi, 26 Avril 2012


    L’acte créateur


    Comment le définir ?

    Plus je travaille, plus je mesure combien c’est difficile à expliquer, car il n'est pas aisé de mettre des mots sur cet acte. Il s'agit comme d'un mystère.
    Un désir, une émotion s’imposent… Puis se dessine une idée liée à un mot qui se précisera au cours de ma démarche et deviendra le titre de la sculpture.

    La représentation que je veux transmettre à la terre deviendra une forme. J’imagine alors mes mains à l'œuvre. C’est un va et vient entre elles et ma pensée. Mes mains pétrissent, étirent la matière. Et j’ai toujours en tête ce que je veux ressentir à l’issue de ce travail. Il me faut, pour cela, trouver le moyen d’informer la matière de ma vision, c’est-à-dire l’idée qu'elle va incarner, l’émotion que je veux retrouver dans la sculpture.
    Tout cela se fait avec le temps, car la concentration exige de l'exercice. Elle se travaille, demande à faire place nette dans la tête afin ne pas être encombrée par le quotidien, pour tendre vers les formes.
    Il faut apprendre à contrôler la ligne, la nuance dans les formes. Il s'agit comme d'un dialogue entre la terre et moi, comme d'une danse durant laquelle chacun des partenaires doit veiller aux mouvements de l'autre. Arrivée à un certain point, j’oublie mes mains, cela devient mental car j’entre dans une sorte de transe du fait de ma concentration sur l’objet à venir. J’imagine à quoi va ressembler la sculpture. Plus mon esprit est absorbé par la forme, plus mes mains sont fidèles à ce que je veux dire. C’est magique.
    Et quand la ligne sort de la terre, il y a cette joie de l’œil pris dans l'envoûtement de la forme. Le processus de création se manifeste dans l’interaction entre la main et la matière. J’ai l’impression, quand je travaille, de rentrer dans la sculpture, comme si je passais de l’autre côté du mur, au-delà de la réalité empirique, au point de rencontrer les interrogations qui jalonnent notre existence d’humains. Par exemple, dans «Métamorphose», cette sculpture bleue, constituée d'une colonne d'eau, on peut voir ce mélange de la vie et de la mort, ces deux mystères ou énigmes, dès lors que nous venons au monde. Et « L'Accueillance » dira tout le précieux de cet acte qui reconnait l'autre et l'accepte tel qu'il est, avec ses forces et ses défaillances.
    Mes sculptures, terres silencieuses, parlent de ce qui est pour moi décisif sur cette terre : vivre bien, ensemble, sans ignorer la puissance du négatif.
    Dans l'acteur créateur il y a présence de toutes ces forces mêlées.


    Au début, bien sûr, j’erre, la matière résiste, de telle sorte que c’est parfois le chaos, puis la forme apparaît : les lignes sortent de terre. J’atteins l’essentiel. Il n’y a plus de résistance, tout se met en place, comme par enchantement. La pensée se transforme en sculpture et là…c’est l’étonnement heureux de voir surgir dans l’atelier une nouvelle sculpture travaillée autour du vide.

    L'acte créateur est l'expression d'un mouvement du fond de l'être : le désir de dépasser la réalité immédiate et d'accéder à une dimension plus vraie et intemporelle. Par mes sculptures, je voudrais parvenir à partager avec les autres, touchés par mon travail, mes interrogations portant sur nous, sur le sens que nous pouvons donner à notre existence, cette difficulté que nous avons tous à être. Notre aventure à tous, individuelle et collective.

    Marie Mathias


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